Le violoncelle de Moita

(ci-dessous programme 2009 des 10 ° journées du Violoncelle)



Le cartouche apposé sur le fond de la caisse de l'instrument révèle que le violoncelle de Moita fut conçu et fabriqué en 1843 par un luthier moitais, Filippi Francescu Filippi, probablement fils de l'auteur du Carnet dont nous proposons quelques extraits. Cet instrument, qui avait subi d'importants dommages fut conservé dans la maison Filippi avant que la restauration n'en fût confiée en 1993 à Ugo Casalonga, luthier à Pigna, en Balagne (Haute-Corse). Le résultat obtenu est en tous points remarquable.

 

Le violoncelle de Moita est une pièce unique, tant par sa facture (il est plus petit qu'un violoncelle normal) que par sa sonorité. On peut penser qu'il a représenté pour son facteur une sorte de preuve de sa maîtrise et de son talent dans l'art de la lutherie.

 

C'est au village de Pigna, qu'eut lieu en 1995 le premier concert donné autour du violoncelle de Moita. Le samedi 3 juillet 1999, à l'initiative de la municipalité de Moita, et avec le concours de l'Ecole Nationale de Musique de Bastia, de l'Ecole de Musique ANIMA de Ghisonaccia, et des membres de A CUNFRATERNA di a SERRA (Confrérie de la Pieve di Serra, dont nous évoquons les activités ), eut lieu en l'Eglise de Moita un concert mariant musique sacrée et profane, et chants polyphonique. Le succès de cette soirée aboutit à la Création d'une association dite Le violoncelle de Moita qui a pris en charge l'organisation des rencontres 2000 qui se sont déroulées les vendredi 30 juin, samedi 1° juillet, dimanche 2 juillet 2000 successivement à Campi, Matra, deux villages voisins, et Moita. Le succès et l'ampleur de ces manifestations ont valu au violoncelle de Moita et à son association un article élogieux du journal le Monde (numéro du 15 août 2000). Nous le reproduisons ci-dessous:

Retour sur la mémoire instrumentale de l'île (Le Monde daté du mardi 15 août 2000)
Un temps occultée, comme si son essence rurale et son âpreté la condamnaient pour archaïsme, la polyphonie a si bien fait retour, bande-son inévitable de toute évocation de la Corse, qu'on peine aujourd'hui à considérer l'héritage instrumental de l'île.

Si le travail d'Ugo Casalonga, à Pigna, vitrine artisanale reconnue, atteste du renouveau de la lutherie en Corse, il a fallu attendre l'été 2000 pour voir célébrée la mémoire d'un pionnier du siècle dernier, dont la production a quasiment disparu.

Touche-à-tout érudit, franc-maçon et luthier à ses heures, Filippu Francescu Filippi n'a laissé qu'un violoncelle, des plus singuliers. Fait " à l'oeil ", cet instrument aux cotes bizarres, de la taille approximative d'un trois-quarts, surprend par sa longueur de cordes vibrantes, sa petite caisse, son accord inhabituel. Il obéit aux principes de la lutherie de Crémone, mais il nécessite un temps d'acclimatation pour l'instrumentiste moderne. Restaurée grâce à une subvention régionale et conservée à Calvi chez l'un des descendants de Filippi, cette pièce unique, émouvante jusque dans sa sonorité spécifique, n'autorise pas de grande virtuosité et ne peut aborder qu'un répertoire restreint. Qu'importe ! semblent avoir conclu les organisateurs des premières Rencontres de violoncelle de Moïta, bien décidés à fêter ce spécimen du patrimoine insulaire sur le lieu même de sa naissance, prétexte à une véritable volonté de créer la dynamique nécessaire à une micro-région totalement oubliée des actions culturelles.

Jean-Marc Pellegri, Jean-Charles Adami, chanteurs et confrères de A Cunfraterna di A Serra, et Paul-Antoine de Rocca-Serra, professeur de violoncelle à l'Ecole nationale de Bastia, ont rêvé de réunir pour trois jours, du 30 juin au 2 juillet, à Campi, Matra et Moïta, tout ce que la Corse compte de violoncellistes pour attester de l'engouement pour l'instrument et restaurer sa mémoire locale.

OBJECTIF AMBITIEUX

Car, derrière cette célébration conviviale qui, en sept concerts, permit d'entendre près de cinquante violoncellistes et mobilisa plus de huit cents spectateurs, le vrai projet de l'opération est pédagogique. Pour la première édition, les élèves de l'Ecole nationale de musique et de danse de la région Corse et la classe de l'Ecole ANIMA de Prunelli di Fiumorbu ont pu participer à un orchestre de chambre, de petites formations, voire un vaste ensemble d'une soixantaine d'instrumentistes pour accompagner la Cunfraterna di A Serra dans un programme de chants traditionnels.

Mais le but fixé pour les éditions à venir est plus ambitieux encore : coupler les rencontres de Moïta avec des stages, mettre en place des résidences d'artistes. Reste l'inévitable question des infrastructures, logements en tête, et la liaison à réussir avec les pôles plus fréquentés de l'île (ici Aléria, tête de pont de la Pieve, qui pourrait dès 2001 accueillir la soirée inaugurale). Née en janvier 2000 seulement, l'association, présidée par Jean-Marc Pellegri, a reçu un bon accueil du conseil général. Restent aux moyens matériels à rivaliser avec l'énergie spectaculaire des bénévoles.

Tandis que Moïta réhabilite le violoncelle insulaire, Sermanu, haut lieu de la transmission polyphonique, s'attache à fêter le violon corse et ses usages. L'association Tutti in Piazza ! date de 1980 et visait d'emblée à restaurer la pratique populaire du quadrille. Mais ce n'est qu'en 1997 que se mit en place A Festa di U Viulinu è di U Quatrigliu in Sermanu. Présidée par Minicale (Alain Bitton Andreotti pour l'état civil), qui recueillit auprès de Filice Antone Guelfucci les danses des Pieve du Boziu, Mercuriu et Valle Rustie, l'association a décidé de doubler son rendez-vous d'été, au vu du succès des trois premières éditions. Les 1er et 2 juillet, Evisa accueillait donc les danseurs pour des Scontri di Quatrigliu, comme le 19 août Sermanu s'ouvrira à A Festa di U Viulinu pour des concerts, ateliers, bal... A trois semaines de la 7e édition du Settembrinu di Tavagna, dont l'emblème est un violoneux et qui, cette année, déborde de sa Pieve, jamais la mémoire du violon n'a été si largement rappelée.

Le 19 août, A Festa di U Viulinu, à Sermanu. Renseignements, tél. : 04-95-21-10-85. Du 28 août au 2 septembre, 7e Settembrinu di Tavagna (28 août-2 septembre). Renseignements : 04-95-36-91-94.   P.-J. C.

 

Francescu Filippu Filippi fut-il franc-maçon? L'affirmation résulterait, plus que d'indices véritables, de considérations générales sur l'appartenance supposée à la franc-maçonnerie des artisans ou des artistes de cette époque. Il est par contre probable qu'il ait été le destinataire du carnettudont nous proposons quelques extraits.

Programme 2009

 

Vendredi 3 juillet
20h, place de Pianellu " Question de Temps " duo de chansons originales Delphine au violoncelle, Jean Bruno à† la guitare, et leurs deux voix conjuguées
o21h, Eglise de Pianellu " Soirée d'Ouverture " Ensembles de Violoncelles : Villa Lobos, Casals, Dvorak
Direction : Marcel Bardon
Concerto di a Serra pour 4 violoncelles et orchestre à cordes de Jean Michel Giannelli (création mondiale)
Solistes : Frédéric Audibert, Frédéric Lagarde, Guillermo Lefever, Paul-Antoine de Rocca Serra
Concerto pour violoncelle et orchestre d'Aram Khatchaturian Solistes : Florent Audibert et Marie Thérèse Grisenti
Avec l'Orchestre Musica Suprana, direction : Luc Lautrey avec la complicité di A Cunfraterna di a Pieve di a Serra
o 23h45, Terrain Andrei, route de Campi
" Celloctambule " :
Spectacle acrobatico-poéico-musical avec la compagnie Point de Suspension
Musique, création et interprétation : Youri Gautier, violoncelle. Image et video :
Tatiana Aoun et Sylvette Berner. Film animé: Anne Pellegrini.

Samedi 4 juillet
o 11h, bar de Moita " Filippu Francescu Filippi, père du violoncelle de Moita " Causerie de Paul Michel Filippi
o 15h, devant la maison Fraticelli, Capasantu " Elles en Zique " défilé-spectacle de robes musicales avec les Natur'Elles. Chorégraphie : Patricia Najéra, Textes : Triscia ; sur une création sonore live de Tommy Lawson et Anne Lise Herrera
o 16h30, du Capasantu √† l'Eglise " Parcours du Village " Concert itinérant avec les jeunes et les moins jeunes violoncellistes, et beaucoup d'animaux et même l'Arche de Noé, pilotée par Marcel Bardon
*avec nos guides assermentés, Frank et Yann
o 19h, cave Casalonga (vers l'Eglise¶) " Vezzani, le merle blanc " film documentaire de Paul Rognoni "¶La fulgurante carrière du ténor Bastiais César Vezzani
o 21h, Eglise de Moita " Soirée Musique de Chambre " de un à† dix, un concert en forme d'addition; pour savoir qui, quoi et comment, venir au concert.
o 23h, Capasantu " Ballu " quadrilles, et autres musiques traditionnelles avec A Riesciuta et le groupe NoKaWa; on vous apprend à danser
o 23h, au bar " Cabaret violoncelle " scène ouverte, avec en fil rouge " Los Tamagnas "

Dimanche 5 juillet
o 11h, chapelle de Campi " Carte Blanche à Anne Lise Herrera " avec Anne Lise Herrera et ses compagnons d'aventures musicales
o 15h, Eglise de Matra " Gara Nostra ", film documentaire de Louis Wallecan "¶la tradition des poètes improvisateurs en méditerranée"¶
o 16h30, Place de l'Eglise, Matra " Génération Moita " concert jeunes talents de jeunes violoncellistes
qui ont bien grandi en 10 ans de festival
o 18h30, bar de Moita " Les Confréries en Corse " Causerie de Jean Charles Adami et Jean Marc Pellegri
o 20h30, Capasantu, Moita " Cant'in Celli " des violoncelles et des voix, entre opéra, chanson française et chanson corse avec les violoncellistes du festival, et Jean Bruno Chantraine, Anne Marie Ferrali, Jean Antoine Ferrali, Anthony Geronimi, Petru Santu Guelfucci, Michel Paoli, Marie Elsa Picciocchi, Damien Roquetty
Sonorisation : Jean Castelli
o 23h, bar de Moita " Cabaret Violoncelle " Scène ouverte avec tous les musiciens du festival et de la Pieve

 


 

Le repos du violoncelle entre deux concerts!

Vers le site officiel du Violoncelle de Moita.