Morio Matsui
Trà u pittore è l'isula, una storia d'amore è di rispettu

 

Adopté à l'unanimité par les Corses, le peintre japonais Morio Matsui est l'une des personnalités les plus originales de l'île de Beauté. Il vit et peint à Ajaccio et n'a jamais reçu de menaces. Au contraire il est, aux dires des habitants d'Ajaccio, un excellent ambassadeur de l'île. Hier, la France l'a fait chevalier des Arts et des Lettres. Les habitants d'Ajaccio connaissent tous Morio : arrivé en Corse début 1997 pour exposer ses toiles au musée Fesch, il n'en est jamais reparti. Morio s'est installé sur la route des Sanguinaires dans la villa Gani, devant laquelle les curieux se pressent aujourd'hui et tentent de regarder par-dessus la haie de bougainvillées ce que peut bien faire ce sacré "Jap ". En effet, Morio Matsui n'est pas corse mais japonais et, pour "corser " le tout, petit-fils de Samouraï et fils de la première femme divorcée du Japon. Autres signes distinctifs de notre original : il peint en Kimono sur la plage ou dans son jardin, élève trois kamé (tortues), un néko (chat), nourrit des tswamé (hirondelles) et peint des toiles immenses ou minuscules... Morio n'a jamais reçu de lettres de menaces ni " d'amicales pressions " pou l'engager à retourner chez lui. Au contraire ! Les habitants d'Ajaccio ont adopté cet étrange insulaire qui mange des algues, s'habille de plusieurs robes et n'arrive pas à prononcer les " r ". J'ai quitté le Japon à 23 ans, raconte Morio qui en a aujoud'hui 58, et après des années passéesdans la jungle parisienne, j'ai éprouvé soudain le besion d'un retour aux sources. Je ne voulais pas revivre au Japon, c'était trop dur. J'ai découvert la Corse par hasard et ça a été le coup de foudre. J'y ai trouvé de grandes similitudes avec mon pays : le sens de l'honneur, le goût du secret et le respect des traditions. Qui plus est, la Corse m'a aimé tout de suite et c'est ce dont j'avais le plus besoin . Morio Matsui accumule les honneurs. Fait chevalier des Arts et des Lettres par Catherine Tasca en octobre, il est aussi président d'honneur des pompiers d'Ajaccio, citoyen d'honneur de Porto-Vecchio, de Bastia et d'Ajaccio, et parrain d'un village voisin qui compte beaucoup de jeunes chômeurs. Bref, le Jap est devenu tellement Corse qu'il figure même dans un livre intitulé 40 Corses de talent de Pierre Leca. Cela ne l'empêche pas de vendre ses toiles à Tokyo, New York, Dubai et Paris. Il arrive parfois que Matsui le Jap ait le sushi blues. Il prend alors un billet pour Tokyo, s'y installe, et entend quelques jours plus tard Morio le Corse le supplier de rentrer. La première fois que les Japonais m'ont découvert, c'était il y a près de vingt ans. Je faisais la première page du Tokyo Times, se souvient Morio. Le rédacteur en chef avais pris la liberté de m'y mettre en lieu et place de Ronald Reagan, jugeant que j'étais sans doute plus original. Cela m'a beaucoup aidé et l'a beaucoup desservi puisque, le lendemain, il cherchait un nouveau travail. Morio peint des paysages, des portraits et des nus, s'arrête quelques minutes pour déjeuner, nourrit ses tortues à la baguette et boit vers 19 heures une coupe de champagne. De vieilles femmes se signent devant ses toiles. Ses aquarelles étonnent les Corses. Montagnes, maquis et bords de mer ont un je-ne-sais-quoi de nippon qui fait tout leur charme aux yeux de ses admirateurs. Au cours de ses promenades, Morio fait quelquefois des rencontres imprévues. Un jour de 1998, se rappelle t-il, je suis allé peindre au-dessus d'Ajaccio, à la recherche de nouveaux paysages. Je me perds et remarque soudain un groupe s'agitant dans un sous-bois. C'était une réunion de nationalistes armés, cagoulés, qui , dès qu'ils m'ont vu peindre un peu plus loin, sont venus me dire : " On adore ce que vous faites, car vous donnez une bonne image de la Corse. " Morio a réussi quelques beaux coups avant de se fixer à Ajaccio : Ai France lui a demandé de décorer au pinceau les premières classes de ses 747 et, de 1992 à 1195, le très critique ministère Japonnais de l'Education Nationale-enfin séduit- a utilisé quelques unes de ses toiles pour en faire la couverture de manuels scolaires. Mais c'est en Corse que Morio Matsui a réalisé l'incroyable en exposant des portraits du Christ à la Mairie d'Ajaccio. Lors du vernissage, de vieilles femmes en noir se signent devant les toiles et l'évêque, ému aux larmes, accepte...de poser. Quelques semaines plus tard, un autre évêque, arrivé de Rome, laisse entendre à l'artiste qu' " il faudrait faire une exposition au Vatican très bientôt ". Le samourai des beaux-arts est particulièrement fier. On le serait à moins ! Intégré en Corse, décoré par le Ministre de la Culture et pressé de faire une exposition au Vatican, Morio, aujourd'hui, essaie de prendre un peu de recul en dessinant la future affiche du Grand-Prix de Monaco 2001, ainsi que celle de l'Open de Tennis de la principauté. Dans cette ambiance créative sans réelle contrainte, une seule activité quotidienne ne souffre pourtant aucun retard : la sieste. Une coutume locale à laquelle je suis obligé de me plier, explique-t-il en riant. Olivier Michel (in Le Figaro Magazine, Octobre 2000)

 

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